L'Histoire de Sena
- Partie III -

 

- Senaaaaa ? Senaaaa ! Tu es prête ? Ou tu n'oses pas montrer ton déguisement ? Ahahaha... Quoi qu'il en soit, tu ferais bien de te dépêcher, ou Sara et sa mère vont partir sans nous...
- J'arrive, j'arrive, juste une petite minute !"
Je finis en vitesse de lacer mes bottes, et m'empressais d'aller juger du résultat devant le miroir sur pieds du couloir -chose que j'avais bien dû faire une petite dizaine de fois ces deux dernières semaines mais qui ne manquait jamais de m'arracher un sourire de satisfaction -, saisis au vol les deux petites bourses sur ma table de chevet ("je garderai la vraie contre ma poitrine, et nouerai solidement l'autre à ma ceinture, en tant que leurre", tel était l'astuce que j'avais imaginé sur les conseils de Cid). Alors que je dévalais les escaliers, je faillis, à la vue de mon maître d'armes; manquer la dernière marche.
" - Alors, si impressionnée que cela ? Ahahaha, il est difficile de faire plus original, non ?
- Hum, Cid, j'avais l'intuition que ton sens du ridicule était quelque peu, disons, "hors norme" mais là... tu m'impressionnes !
- Vous maniez les mots comme l'épée, chère demoiselle, je n'arrive même pas à savoir si je dois prendre votre phrase comme un compliment...
- Allez donc savoir, cher -hum- animal... Mais... j'y pense ! Nous allons ensemble à merveille, en fait !
- Tu ne t'imagines quand même pas que je vais te laisser... ?! Oh, et puis, après tout c'est jour de fête, n'est-ce pas ? Allez, en selle !"
Et c'est ainsi que jaillirent de l'école d'épéistes une knight montée sur son peco-peco, créant le fou rire autant parmi les enfants que leurs parents...

Cela faisait peut-être une heure que nous marchions, Sara et moi en tête, quelques enfants et leurs parents qui s'étaient joints à nous suivant de près, et enfin madame Elis et Cid qui fermaient la marche, lorsqu'arrivant en haut d'une légère crête, nous aperçûmes les premiers contours de la capitale. A cette vue, je ne pus m'empêcher de m'arrêter, surprise par la longueur que couvrait la muraille sud... Je m'étais bien imaginée Prontera plus grande et impressionnante que Izlude, mais pas d'une telle ampleur !
" - Hey, Sena, je crois que si tu commences comme ça, tu n'as pas fini de t'arrêter ! Alors, reprenons, et accélérons le pas, veux-tu !", me moribonda Sara d'un air rieur. Nos déguisements ne nous avaient guère respectivement surpris, malgré la discrétion exagérée dont nous avions fait preuve à cet égard les quelques semaines avant la fête... Je ne crois pas qu'elle avait imaginé une seule seconde que je pourrais m'être travestie autrement qu'en knight, pas plus que je ne crois avoir songé qu'elle aurait pu revêtir autre chose que l'habit de Kafra qui la faisait tant rêver...
Au fur et à mesure de notre approchée, je pris conscience du nombre incroyable de caravanes et groupes, déjà stationnées au pied du mur sud ou qui arrivaient de la même direction que nous... Et malgré les déguisements et mon savoir très scolaire de la géographie et des régions du monde, on pouvait sans trop de mal deviner leur provenance : Payon, Alberta, ou encore Morroc, et même quelques-uns venus de Comodo. Perdue dans mes observations émerveillées, je ne m'aperçus que nous étions arrivés que lorsque l'ombre de la grande arche se dessina devant moi, plus haute que la plupart des maisons d'Izlude, plus imposante que certains arbres millénaires que j'avais pu escalader.
" - On entre dans l'arène, les filles ?, nous demanda Cid, qui s'était glissé derrière nous.
- On entre !", répondit-on de concert.


Des bouffées de couleurs, rouges, bleues, jaunes, violettes, vertes; des explosions de musique, de cris enthousiastes, effrayés, surpris; des éclats de lumière, de chaleur, de sensations diverses; légers picotements dans la nuque ou frissons dans le bas du dos; c'était tout cela à la fois et bien plus encore... Des cracheurs de feu, des cracheurs de glace, des contorsionnistes et des voltigeurs, des hommes qui planaient légèrement, des femmes dont les jambes s'effaçaient dans le sol, des joueurs de flûte, de violon, de harpe ou de trompette et des danseuses, des vendeurs d'armes, de potions, de friandises, de rêves, des hommes qui jouaient avec les éclairs sous des tonnerres d'applaudissements... Un feu d'artifice continu qui commençait dans le ciel et se prolongeait dans ma tête, en un écho perpétuel aussi assourdissant que grisant.
" - Et bien ? Qu'en dis-tu ? Est-ce comme tu l'avais imaginé ?", me souffla Cid à l'oreille. Ce à quoi je ne puis lui répondre que par un sourire, probablement d'une béatitude ridicule, à en juger par le fou rire qu'il prit en voyant mon visage.
" - Bon, Sara, Sena, je suppose qu'il est utopique de penser pouvoir rester groupés dans une telle foule, et qui plus est, j'ai promis à la fleuriste de Prontera de l'aider à tenir son stand, donc nous allons nous séparer... Quelques petites recommandations : n'acceptez rien qui vienne d'inconnus, même à l'apparence aimable et courtoise ! Dites, vous m'écoutez ? Sinon, faîtes bien attention à vos bourses, aux hommes qui ne manqueront pas d'être ivres -aussi nombreux que les voleurs-, et puis tenez, voici la clé de la chambre que j'ai réussi à réserver à l'hôtel. Je travaillerai probablement toute la nuit, alors si vous voulez vous reposer, faîtes à votre guise... Tiens, Sena, fais attention à ne pas la perdre... Si vous avez besoin d'aide, le stand est près du MagicalTux Center, demandez à un guide, il vous indiquera le chemin... Et Cid, arrête de rire, c'est important ce que je leur dis !
- Edna, ce ne sont plus des enfants, je ne crois pas qu'elles manquent de bon sens à ce point-là... Pas vrai, les filles ? (ce à quoi nous acquiesçâmes distraitement, fascinées par un jeune hunter et son numéro de dressage de porings) De toute façon, je crois qu'elles ne sont plus trop réceptives, là...", conclut-il en souriant à l'attention de la mère de Sara.

Nous nous retrouvâmes donc livrées à nous-mêmes, Sara et moi, au beau milieu d'une foule de plusieurs milliers d'êtres tous plus extraordinaires que les autres, spectacle visuel de tous les instants. Il se dégageait de chaque déguisement, du plus sobre au plus fastueux, du plus rapiécé au plus onéreux, une magie que seules plusieurs semaines de travail, de couture et d'essayages avaient pu leur apporter. Des kilomètres d'étoffes, de soie, de velours, de fourrure, brodés avec amour et patience, la plupart du temps en secret, dans la seule attente de pouvoir être portés, de pouvoir exister en ce jour incroyable.
" - Tu ne trouves pas cela triste de penser que toutes ces sublimes parures réintégreront leurs armoires poussiéreuses dans quelques jours ?, lui demandais-je entre deux bouchées de pomme caramélisée.
- Franchement, Sena, je crois qu' il n'y a que toi pour penser à cela en ce moment-même ! Et puis, avoue que cela n'aurait plus de sens ni de charme si tout le monde s'habillait ainsi tous les jours ! Ce ne serait plus vraiment la fête du Printemps, sans tous ces déguisements !
- Vu sous cet angle, tu as probablement raison... Et en parlant de déguisement, je ne sais pas si celui de Kafra était vraiment une bonne idée... C'est un peu gênant tout ce monde qui se retourne sur tes longues jambres !
- Parle pour toi, petite Knight dévergondée !". Et de me lancer son trognon de pomme à la figure en riant aux éclats.
Rire qu'elle tenta rapidement d'étouffer lorsqu'elle s'aperçut que le-dit trognon manqua sa cible pour aller heurter la joue d'un jeune mage qui se trouvait deux pas derrière moi.
" - Je crois que cela vous appartient, mademoiselle... ?, entreprit de commencer le jeune homme en désignant le reste du fruit incriminé.
- Sara, je m'appelle Sara, et je suis terriblement confuse, je ne voulais pas vous blesser, je visais mon amie Sena et ..., articula-t-elle en un souffle.
- Ne soyez pas désolée, c'était un fort joli tir, dit-il sans se départir de son sourire. Et une très habile esquive", ajouta-t-il prestement à mon attention.
Et sur ces mots, il leva sa main droite à hauteur d'yeux, le trognon posé sur sa paume, et couvrit le tout de sa main gauche. Puis, après avoir soufflé dans le trou formé par la jointure de ses pouces, il écarta lentement ses bras, révélant au fur et à mesure une sublime rose de glace.
" - Acceptez que je vous offre ce présent, mademoiselle Sara, en souvenir de cette rencontre heureuse et disons... frappante !"
J'eus à ce moment-là l'intime conviction qu'il n'en faudrait pas plus à mon amie pour être séduite par ce mage, et je n'eus même pas besoin de la regarder pour en avoir la confirmation : ces bégaiements en dirent plus longs que n'importe quel signe de tête. Comment aurait-il pu en être autrement, me demandais-je en souriant intérieurement. Il se dégageait de ce jeune homme aux cheveux blonds mi-longs, au visage fin et au sourire attendrissant un charme certain. Trop heureuse de deviner la naissance de sentiments dans le coeur de ma chère Sara, je ne compris pas tout de suite la raison pour laquelle ses yeux semblaient me jeter des appels de détresse...
" - Et bien, je suppose que vous avez encore beaucoup de choses à faire et... je ne voudrais pas vous mettre en retard... Il y a malheureusement peu de chances pour que l'on se recroise... toute cette foule...", dit-il à regret. Le manque de conviction dans les paroles du jeune homme et un petit coup de pied de la part de mon amie me firent comprendre qu'ils attendaient tous deux de moi que j'agisse, ce que je fis avec une hardiesse que je ne me soupçonnais pas.
" - Oh, non, non, non, vous n'allez pas nous abandonner déjà ! Nous ne connaissons pas même votre nom alors que vous savez les nôtres, et qui plus est, vous ne semblez pas accompagné, n'est-ce pas ? Alors que diriez-vous, si vous n'avez rien de prévu, de vous joindre à nous ?"
Et c'est ainsi que quelques nouveaux bégaiements plus tard, nous nous retrouvâmes arpentant à trois les rues de la capitale.

" - Que diriez-vous d'un verre d'hydromel ? On l'a bien mérité, non ?", demanda Elistas (car tel était son nom), ce à quoi nous acquiesçâmes probablement plus que de raison. "Bon j'aperçois un marchand, je reviens, vous m'attendez là ?"
Nous nous étions arrêtés sur un des bancs entourant la fontaine (laquelle semblait être le centre de Prontera), essouflés d'avoir parcouru sans relâche les nombreuses allées de la cité toute la matinée.
" - Tu te rends compte que nous n'avons même pas parcouru toute la partie sud ?, me demanda Sara. C'est vraiment impressionnant, tu ne trouves pas ? Et c'est comme si l'on ne sentait pas la fatigue ! On est pris dans une telle frénésie ! Quoi ? Pourquoi tu me regardes avec ces yeux-là ? Senaaaa...
- Tu es vraiment sûre que c'est à cause de l'atmosphère ambiante qu'on ne sent pas la fatigue ? C'est étrange, moi j'aurais plutôt penché pour une autre raison... Une raison avec des yeux bleus, par exemple, non ?
- Sena !", s'exclama-t-elle, écarquillant exagéremment les yeux, avant de s'apercevoir que son semblant d'attitude outrée ne suffirait pas à me faire changer d'opinion.
" Bon, d'accord, je le trouve très sympathique et plutôt beau garçon... Mais ce n'est pas une raison pour te faire des idées ! Je ne suis pas le genre à m'éprendre de quelqu'un quelques heures après l'avoir rencontré...
- Oh mais je n'ai jamais dit cela !", me défendais-je (tout en rajoutant, en mon for intérieur, que "quelques heures" n'était pas ce à quoi je pensais... plutôt quelques minutes...). "Et puis moi, je n'y vois rien de mal, alors arrête de te défendre inutilement... Et que peut-il y avoir de plus beau qu'un coup de foudre ? Surtout quand il semble être réciproque...
- C'est vrai, tu le penses ?!" Au moment où elle avait fini sa phrase, Sara s'aperçut que la promptitude avec laquelle elle s'était exclamée ne pouvait que la trahir en plein. La vitesse avec laquelle elle avait tourné la tête vers moi, les yeux plein d'espoir me plongea dans un fou-rire incontenable, où elle me rejoignit, probablement soulagée de pouvoir partager ses sentiments.
" - Mon dieu, quelle foule pour de simples boissons ! J'ai bien cru me faire piétiner ! Et bien, qu'y-a-t'il de si drôle ? Aurais-je manqué quelque chose d'hilarant ?, nous interrogea Elistas lorsqu'il revint avec trois gobelets dans les bras.
- Oh non, non, rien du tout... On se disait juste qu'on allait manquer le défilé des Kafras si on ne s'activait pas un peu...
- Et c'est ce qui vous fait rire aux larmes ? C'est peut-être de l'humour Izludien ? Enfin, quoi qu'il en soit, allons-y si vous le souhaitez !"
Mais il nous fallut une bonne minute supplémentaire pour réussir à nous calmer et à ne pas renverser de l'hydromel plein nos habits, sous le regard mi-amusé mi-perplexe de notre victime.

L'après-midi sembla passer en vitesse accélérée, entre nouveaux émerveillements ("Elistas, ils marchent sur l'eau !"), rencontres inopportunes ("Alors Sara, tu ne présentes pas ce beau jeune homme à ta mère ?") ou surprenantes ("Sena, Sena, c'est Cid et Ilena ! Et ils marchent bras dessus, bras dessous !")... Tant et si bien que sans vraiment s'en rendre compte, la nuit tomba et les torches s'allumèrent, plongeant la ville dans une lumière plus tamisée et une atmosphère plus calme. Petit à petit, dans un lent mais inéluctable mouvement collectif, la foule se rassembla au nord de la capitale, devant le château royal, en prévision du feu d'artifice traditionnel.
" - Sara, Elistas, je ne me sens pas très bien, j'ai besoin d'aller me rafraichir un peu... Mais continuez d'avancer... Et si je ne vous ai pas rejoint d'ici la fin du feu d'artifice, retrouvons-nous vers la fontaine, d'accord ? A tout à l'heure..." Sans leur laisser le temps de répondre, je m'éloignais d'eux, me retournant seulement pour envoyer à Sara mon sourire le plus encourageant. Je me doutais bien qu'Elistas ne devait pas être complètement dupe, mais j'espérais tout de même qu'il saurait mettre à profit le romantisme du moment et répondre un tant soit peu aux attentes inavouées de ma tendre amie.
Perdue dans ces pensées, je m'aperçus soudain que les lumières de la ville diminuaient progressivement (d'une manière inexpliquée, mais au terme d'une journée comme celle que je venais de vivre, cette réflexion ne me choqua même pas), ce qui signifiait probablement que le Roi et la Reine venaient de donner le coup d'envoi du spectacle. Je me faufilais donc du mieux que je pus vers la fontaine, contre laquelle je m'adossais, et au moment où je levais la tête, la première gerbe colorée éclata dans le ciel sans nuages.
Si quelques instants plus tôt, je pensais bien avoir une idée assez précise de ce à quoi cela allait ressembler, la succession d'explosions surpassa vite en splendeur tout ce que j'avais osé jusque-là imaginer. J'avançais même de quelques pas, comme si ces rosaces pastelles m'attiraient à elle, comme si j'avais pu ainsi voir de plus près la mirifique chorégraphie de ces multiples arcs-en-ciel... Debout, au milieu d'une foule de gens de tous horizons, partageant tous la même fascination et tous regardant dans la même direction, et pourtant me sentant comme seule au monde, seule à m'oublier dans ce passionnant combat entre le noir et ses opposants.


Et puis un souffle. Peut-être un frôlement. Peut-être même juste une impression. Peut-être au niveau de la ceinture. Une caresse éthérée. Insignifiante. Et pourtant troublante. Assez pour générer, de manière presque inconsciente, un mouvement de ma main gauche. Comme si mes doigts voulaient saisir une ombre. Ou un fantôme.
Ils se referment sur quelque chose de solide. Le Temps suspend son vol.
Dans ma tête, la voix de Cid. "Une agilité de voleuse, si tu veux mon avis !". "Les vols sont légions durant la fête".
Déclic.
Je tiens son poignet dans ma main gauche. Un poignet qui n'est pas celui d'un ectoplasme. Un poignet bien réél. Chaud. Je n'ai pas besoin de serrer, ce poignet n'essaie pas de se dérober. Le Temps s'est arrêté.
J'arrache mon regard des hauteurs. Il tourne difficilement la tête. Nos visages se font face.
Nos regards se croisent, se percutent, se mélangent, se lient. Je plonge dans ses yeux, il plonge dans les miens.
Peut-être une seconde, peut-être dix. Ou une minute. Ou une vie.
Le lien se brise. Je cligne des yeux. Il n'est plus là.
Le Temps reprend son vol. Je reste figée.


" - Sena ! Sena ! Eh, tu m'entends ?"
Une main passa devant mon visage. Sara. Autour, les gens marchaient. Plus d'explosions dans le ciel.
" - Tu m'as fait peur, tu étais là toute raide, le regard dans le vide... Cela faisait bien dix minutes que je te cherchais... Tu vas bien ?"
Sara. Je reprends mes esprits. Péniblement.
" - J'ai rencontré un garçon... Je crois..."
Silence. Je parcours ma ceinture de ma main droite. Plus de bourse.
" J'ai rencontré un garçon."
Sara m'entraîne. Vers un banc. Me fait asseoir. Me mets un gobelet dans les mains et me dit de boire. Je bois. Hydromel.
" - Tu as rencontré un garçon... ?
- Oui.
- Et ?
- Et plus rien."
Elle explose de rire, parle. Coup de foudre ? Elle ne comprend pas.
" Tu ne comprends pas.
- Ah ?
- Ce n'était pas un coup de foudre. Je ne crois pas. Non, ce n'en était pas un. Impossible.
- Impossible ? Et c'était quoi alors si c'était pas un coup de foudre ?"
Je bois. Finis le verre. Déglutis.
" C'était mon frère."
Je ne comprends pas ce que je viens de dire.

Cela fait peut-être une heure que nous marchons, Sara et moi. Aussi lentement que silencieusement. J'ai l'impression que mon esprit a réintégré mon corps après s'être absenté un moment, et pourtant, je n'arrive toujours pas à éclaircir mes idées. Comme si en lieu et place de tout souvenir ne restait que des sensations. Comme si je me réveillais d'un long rêve. Demain matin. La nuit porte conseil, dit toujours Cid.
Nos pas nous portent vers l'auberge où la mère de Sara nous a réservé une chambre. On rentre, "bonsoir", "ah oui, au nom de Elis", "au fond du couloir à gauche", "chambre 7". Je cherche la clé dans ma poche, la trouve. Une pensée m'assaille et stoppe mon geste.
" - Eh mais, je ne t'ai même pas demandé ! Elistas ?" Je m'accroche à cette portion de réalité, aussi fort que je souhaite que la réponse de Sara soit positive.
" Elistas...", me répond-elle évasivement. Le sourire béat qui se répand irrépréhensiblement sur son visage m'indique qu'elle n'a pas du voir le feu d'artifice en plein. Et c'est aussi soulagées que fatiguées par cette journée riche en émotions que nous pénétrons dans la chambre en riant.

" - Tiens, il y a un mot sur le guéridon... Probablement une ultime recommandation de maman... Ah non... C'est bizarre, j'ai du mal à comprendre, viens voir..."

09 Juillet. Morroc. Je t'attendrai.

" Probablement l'ancien occupant de cette chambre qui a oublié cela", conclut-elle d'un air désinvolte et en haussant les épaules.
Mais je savais que la réponse, ce n'était pas cela. Je savais que ce mot m'était destiné. Je le savais avant même qu'elle ne retourne la carte.
" - Sena... Au dos... Cet imprimé... C'est...
- Oui, ce sont les armoiries de ma cape."